Fernando Pessoa, des signes de la mort marqués, engage la lutte contre lhomme inauthentique, le Narcisse des
nouveaux temps, dans Poème en ligne droite En reconnaissant être vil, cochon , sale, ridicule, absurde, grotesque,
mesquin, comique -- les adjectifs abondent-- le poète dit quil na connu que des champions, des gens qui ont réalisé l
Idéal de la vie. Derrière les négatifs du poète, selève le masque de lhomme industriel, qui ne reconnaît pas sa
culpabilité, qui nadmet pas linsuccès, qui feint le bonheur, la puissance. Le poète a quotidiennement vécu avec des
demi-dieux, des princes, des adultes qui lustrent en eux-mêmes limage de lenfant glorieux. Un produit de lère
industrielle est le syndrome de Peter Pan décrit par Dan Keiley. Endurent le mal les adolescents et les adultes qui se
mettent en colère lorsquon leur nie le confort, la perfection, la beauté, les délices du doux paradis enfantin. Peter Pan
rejet le travail adulte, la discipline urbaine, rêvant de la Terre du Jamais, négation de la mort.
Lart populaire urbain, lart pop, commémore la réconciliation avec la civilisation des produits manufacturés. Lart pop,
en rejetant labstrait intellectualisé, se tourne joyeusement vers le produit industriel, au moyen de la communication de
masse, en niant à lhomme léminence accordée à lui par lart dautrefois, lhomme qui avait déjà été réduit à la
proportion des manufactures dans les réflexions de Léger pendant les premières décenies du siècle. Au lieu de lhomme
créé par la nature, les peintres nous offrent un spécimen produit par la machine, une musculature développée dans les
académies, des positions perfectionées par les revues et par la toile lumineuse parmi des réfrigérants, des vestes en cuir,
des bulletins météo, des décalques, des postes récepteurs de radio et de télévision, des petites annonces, des phares,
des garde-boue, des vis, des détritus, des jouets... Les manufactures ont pris le lieu de cheminées qui jetaient de la
fumée intégrées dans le paysage architectonique. Les artistes remplacent les toiles usuelles par de nouveaux matériaux
de travail: le formica, les textiles, les matières plastiques, les émaux d automobiles. Les héros sont maintenant ceux de
lère technologique, les hommes mécaniques, aventuriers de lavenir. Dans lunivers cybernétique éclate une étoile
nouvelle, Marlyn Monroe, dont limage industriellement fabriquée et reproduite par millons, pénètre triomphalement
dans toutes les frontières pour reorienter des songes. La mort allonge le pas. Lart de lère industrielle, en sopposant
aux artistes du passé, désireux de produire des monuments éternels, devient mortel. Les usines produisent pour la
consommation, pour la reposition rapide.
Les réflexions sur le narcissisme nous jettent dans le coeur de la discussion soutenu pour définir la modernité et la
postmodernité. Nous incorporons aux débat la prose dun auteur inquiet, Milan Kundera. Bien que la biographie
accidentée du romancier sinsinue dans la trame de ses récits, Kundera insiste sur le droit de maintenir séparées la vie
privée et la personnalité artistique. Lauteur, hostile à la publicité, comprime les informations personnelles dans une
seule ligne: Milan Kundera est né en Tchecoslavie. En 1975, il sinstalle en France. Cest cela qu on lit dans le
vestibule de
ses livres. Sil garde le silence jusque sur sa naissance, quon nespère pas des prodigalités au sujet de son imigration
en France. La fiction dévore la personnalité civile à mesure quelle génère la personnalité littéraire. Celle-ci est la seule
qui importe. Si Kafka, réfléchit-il, restait dans la mémoire grâce aux incidents de sa vie, quelle importance aurait son
oeuvre? Le destin de lauteur est devenir littérature. Celle-ci est son image. Vu que Kundera décourage la paraphrase
de ses livres où des livres dautres --la paraphrase banalise linvention-- faisons ce que lauteur espère, réfléchissons à
partir des voies quil a ouvertes. Loeuvre imaginaire requiert lentrée du lecteur dans le jeu de limagination.