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      Les pages de l’histoire, en contrariant la pérennité épique, enregistrent l’agonie lente du prince glorieux.. Encore que Baudrillard distingue Narcisse d’entre les mythes anciens, la guerre contre les représentations narcissiques nous étourdit au long des siècles. Une d’elles est celle engagée contre Promethée, le titan rebelle qui envahi les dominaines reservés aux dieux pour bénéficier les hommes malheureux. Zeus, ne pouvant le tuer, puisqu’ il était immortel, le tourmente sans complaisance. Des apparitions narcissiques sont les sphères aristophaniques du Banquet de Platon, qui roulent pleines, robustes, autosuffisantes. Les sphères d’Aristophane semblent des oeufs pareils à celui qui a donné origine à l’univers selon la mythologie orphique. Zeus, en craignant leurs ménaces, les blesse. Transis de douleur, les mortels qui résultent du coup, bougent affligés par le désir insatiable de retrouver ce qu’ils ont perdu.
      Sophocle avait déjà montré un exemple tragique comparable à l’invention aristophanique: Oedipe. Le fils de Jocaste, comparaît glorieux, réussi, fêté par les siens et par la patrie, qui lui confère le titre de second fondateur. Qui pourrait espérer que l’investigation conduite par le roi zélé pourrait lui devenir nocive? Le crime hideux, involontairement commis, lui arrache la gloire et le trône. Les yeux blessés signalent la profondeur de la cécité. Oedipe, en constatant que le prince glorieux avait causé la ruine de sa famille et de son peuple, l’humilie en son propre corps devant tous.
      Platon frappe un autre prince, l’orateur, qui, ayant s’appropié le discours, dominait souverainement l’assemblée, le tribunal, le savoir. En l’attaquant, Platon esquisse un homme qui ne sait pas parler, un infans sage, un sujet questionnant, conscient de ses déficiences, un marginal hardiment hostil à l’éloquence au point d’éviter autant les harangues adressées au peuple d’Athène que les défenses qui éclataient dans les tribunaux. Aux hommes qui savent tout, Platon oppose l’homme qui ne sait rien, Socrate. Dans le système platonicien, Narcisse, en s’absentant de la compagnie des humiliés, se réfugie à un monde idéal, désiré, distant, où, à côté de la justice et du beau, vit l’homme parfait, auprès duquel les spécimens connus ne sont plus que des ombres.
      Aristote, en dépassant les déficiences des dieux mythiques, crée un Dieu parfait. En le protégeant de la contamination des faiblesses humaines, le philosophe déclare que Dieu ne connaît rien outre soi-même, cela veut dire, rien outre la perfection.. Le Dieu aristotélique reçoit le nom d’Acte Pure. Voici l’invention plus narcissique de l’antiquité. Pour vivre enfermé en soi-même, il n’est pas nécessaire que les hommes craignent sa vigilance, ni sa punition. Aristote termine de cette façon la guerra engagée entre les hommes et les dieux depuis l’âge mythique.

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      Donaldo Schüler
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