1.4 - Aux sourds

      Il y a des prisionniers au système dans lequel ils sont insérés, stagnants en eau paralytique, sourds. Parce qu’ils considèrent comme absolu le discours restreint, l’eau coupée en puits, ils ne répondent pas à l’appel co-(mm)-un, en lequel ils seraient une voix entre beaucoup d’autres. Paralysés dans le discours privé, ils perdent l’accès à ce qui embrasse tout. Le manque d’entendement est caractérisée:

      Les démunis de (entend) (mouv) ement, en écoutant, paraissent sourds; un dicton témoigne d’eux: les présents sont absents. (B34)

      Nous voulons indiquer avec les parenthèses les signifiés superposés: compréhension et mouvement, présents dans l’adjectif axynetos, déjà analysé. La seconde acception définit la première. Dépourvus d’entendement sont ceux qui ne se mettent pas en mouvement avec d’autres, destinataires du même appel.

      L’appel vient du dehors de l’homme et des systèmes. Les êtres s’organisent en signes du Discours qui les comprend et les dépasse. Le savoir consiste dans l’emphraser sans préjudice de particularités. Seulement alors sommes-nous dans la sentence-fleuve du Discours unique, qui a besoin de beaucoup d’eau pour que tous les puits s’emphrasent.

      Les sourds à l’appel ne perçoivent pas d’autre voix au-delà de celle qui leur est familière. Obstinés dans le refus de la réactivation du propre avec autrui, ils perdent non seulement l’intelligibilité du tout comme aussi s’obscurcit à eux la lumière privée qui les éclaire. Ce qu’ils ont pour lumière se fait obscurité. Dans le but de maintenir vivante la pensée, Héraclite attaque les paralysies. Le savoir résulte de ceux qui marchent, attentifs au même appel.

      Il est étonnant qu’Héraclite argumente avec des proverbes, sentençes anonymes mécanicament répétées en des situations bien diverses. Qui profère des proverbes ne pense pas, d’autres ont déjà pensé pour lui. Mais c’est à des sourds que parle Héraclite. Si des discours pensés ne les ébranlent pas, qui sait, peut-être des mots vulgaires? De plus en plus, le Discours est présent dans tous les discours. Pour le comprendre, il suffit d’ouvrir les oreilles.

      Parce que le discours dans n’importe laquelle de ses acceptions est action, sans mouvement pas d’entendement. Le rêve touche des endormis. Pour le comprendre il faut s’éveiller et réfléchir sur lui. L’entendement suit les pas du Discours: il réunit, établit des relations; travail d’éveillés.

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      Donaldo Schüler
      http://www.schulers.com/donaldo/herac-fr
      Copyright,1996
      Trad.: Pascal Lelarge